Bonjour les veilleurs !
Me voilà enfin posée chez moi après plusieurs jours intenses suite à mon retour en France : j’ai fait un petit tour de l’Hexagone qui ma amené notamment dans un appart que je devais mettre en location.
Je parle au passé car... il s’avère que le DPE de mon appartement est tellement mauvais que je ne vais pas pouvoir le mettre en location tout de suite 🤡
C’est la malédiction des petites surfaces…
Comble de l’absurde typiquement français : je pourrais ne rien faire et attendre la nouvelle mouture du DPE qui va entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2026 pour avoir le droit de louer.
Cette nouvelle mouture aura pour objectif de ne plus défavoriser les logements qui se chauffent à l’électrique comparativement... au gaz !
Oui, ça n’a aucun sens.
Encore et toujours ce mème :
Vous pouvez donc être certain que je vous reparlerai de ce satané DPE dans une autre newsletter.
Mais en attendant, c’est de monnaie qu’il faut qu’on parle.
On va plonger dans un pan de l’histoire monétaire (ma préférée).
C’est parti !
Aux confins du Pacifique
Imaginez une constellation d’îles minuscules éparpillées dans l’immensité du Pacifique.
Des îles si petites qu’on pourrait les croire insignifiantes sur une carte, mais qui ont abrité des sociétés organisées, capables de développer leurs propres coutumes, leurs échanges, leurs hiérarchies.
Parmi elles : Yap.
Un bout de terre de 100 km², isolé, entouré d’un lagon turquoise…
Le problème de cette île : pas de grandes ressources naturelles.
Pas d’or, pas d’argent, pas de gisements rares.
Rien qui, ailleurs, aurait pu servir de socle à un système économique durable, aucun support évident pour faire circuler la richesse.
Et pourtant, Yap a trouvé une solution.
Une idée tellement originale qu’elle intrigue encore les anthropologues et les économistes : créer une monnaie… sans pièces, sans billets, sans coquillages, mais avec un objet totalement inattendu.
Je vous le donne en 1000 :
Des gigantesques cailloux.
Avec un trou au milieu.
Ces grandes pierres ont fasciné les explorateurs européens dès le XIXᵉ siècle, stupéfaits de voir une société entière reposer sur ces disques de pierre géants. Ce qu’on sait aujourd’hui, c’est que ces pierres étaient utilisées comme monnaie depuis plus de 500 ans, peut-être même plus d’un millénaire.
Des cailloux pas comme les autres
Oui, littéralement des cailloux.
Mais pas les petits galets qu’on ramasse sur une plage : c’était des disques de calcaire qui pouvaient mesurer jusqu’à 4 mètres de diamètre et peser plusieurs tonnes.
On les appelle les “Rai stones”. Mais on dit aussi les “pierres de Yap” tellement elles sont connues…
Problème : il n’y a pas de calcaire sur l’île de Yap.
Ces pierres venaient de Palau, une île située à plusieurs centaines de kilomètres.
Ce qui veut dire que pour en obtenir une, il fallait organiser une expédition maritime, sculpter le bloc sur place, puis le transporter à travers l’océan sur des pirogues et des radeaux.
Autant dire que ce n’était pas sans risque. Les récits locaux parlent de tempêtes, de naufrages et parfois même de pertes humaines.
Et c’est précisément ça qui faisait leur valeur.
Plus une pierre avait demandé d’efforts, de danger et d’organisation pour être ramenée, plus elle était considérée comme précieuse.
Évidemment, personne ne se baladait avec ces disques sous le bras pour acheter un cochon ou des noix de coco.
Elles restaient immobiles, souvent plantées devant un village, comme ceci :
Quand elles “changeaient de main”, c’était uniquement par consensus : la communauté se rassemblait et reconnaissait que la propriété avait changé, même si la pierre ne bougeait pas d’un centimètre.
En clair : des cailloux quasi-impossibles à déplacer, mais un système qui fonctionnait parce que tout le monde jouait le jeu et respectait la règle.
Pourquoi tout le monde respectait-il la règle ? Parce que si le consensus s’effondrait, la valeur des pierres s’effondrait aussi. Et avec elles, la richesse de leurs détenteurs. Et dans ce cas, tous ces voyages périlleux, parfois au prix de vies humaines, n’auraient servi à rien.
La confiance collective n’était donc pas seulement un principe moral : c’était une assurance que les efforts passés continuaient à avoir du sens.
En respectant cette règle commune, chacun protégeait la valeur de son propre patrimoine… et celui des autres.
Un système qui, loin d’être bancal, reposait sur un équilibre simple : si tout le monde reconnaît la valeur, alors cette valeur existe et perdure.
Un système qui en a inspiré d’autres…
Les pierres de Yap n’étaient pas utilisées pour acheter du poisson ou des fruits.
Elles servaient à autre chose, de bien plus important : sceller les grands moments de la vie collective.
Une famille pouvait céder une pierre en dot pour un mariage.
Un chef pouvait en transférer la propriété pour dédommager après un conflit.
Elles pouvaient aussi marquer une alliance entre clans, ou récompenser un acte de bravoure.
En d’autres termes, ces disques n’étaient pas de la “petite monnaie”.
(Vous imaginez le bazar pour “rendre la monnaie” ?).
Ils représentaient un capital social, une réserve de valeur destinée aux transactions exceptionnelles, là où la confiance et la réputation étaient en jeu.
Et comme leur valeur reposait sur un consensus partagé, tout se jouait dans la mémoire collective : il suffisait que chacun se souvienne qu’une pierre “appartenait désormais” à telle famille pour que la règle soit respectée.
Un système qui peut sembler primitif… mais qui, en réalité, contient déjà les germes d’autres systèmes monétaires bien plus modernes.
Et c’est là que le parallèle devient excitant : plusieurs siècles plus tard, une autre communauté allait, elle aussi, bâtir toute une économie sur… quelque chose d’invisible, intangible, de coûteux à créer, mais reconnu par tous.
Son nom ?
Bitcoin 💥
Des pierres aux blocs
Alors, qu’est-ce qui relie ces cailloux perdus dans le Pacifique à une technologie numérique née en 2009 ?
Beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine :
Une création coûteuse :
Les pierres demandaient des expéditions périlleuses à travers l’océan.
Le Bitcoin, lui, exige de la puissance de calcul et de l’énergie pour être “miné”.
👉🏻 Dans les deux cas, la valeur naît de la difficulté de production.
Une rareté naturelle :
Les habitants de Yap ne pouvaient pas produire une infinité de pierres, faute de ressources et de moyens de transport.
De la même manière, le protocole Bitcoin limite l’émission à 21 millions d’unités.
👉🏻 Dans les deux cas, les actifs sont rares.
Un registre public :
Sur Yap, tout le monde connaissait l’histoire et la possession de chaque pierre.
Avec Bitcoin, c’est la blockchain qui assure cette transparence, consultable par tous.
👉🏻 Il n’y a pas besoin d’une entité centralisée pour décréter qui possède quoi : la traçabilité suffit à reconnaître la propriété de chaque actif.
Un consensus collectif :
Sur Yap, une pierre pouvait “appartenir” à une famille sans bouger d’un centimètre, simplement parce que tout le monde le reconnaissait.
Avec Bitcoin, c’est la blockchain qui enregistre et garantit publiquement la propriété de chaque unité.
👉🏻 Il n’y a pas besoin de faire circuler la monnaie elle-même : seule l’information sur la propriété circule.
Mais il existe aussi des différences fondamentales… et c’est là que Bitcoin surpasse les pierres de Yap :
La sécurité :
Sur Yap, tout reposait sur la mémoire collective : un oubli ou un désaccord pouvait fragiliser le système.
Avec Bitcoin, c’est la cryptographie et la puissance de calcul du réseau qui garantissent la propriété.
👉🏻 Un système infalsifiable, sécurisé par la technologie et non par le souvenir des hommes.
La divisibilité :
Une pierre ne pouvait pas être “coupée” en morceaux utilisables.
Un bitcoin peut être divisé en 100 millions de satoshis.
👉🏻 Cela en fait une monnaie utilisable pour de petites transactions comme pour de grandes (avec Bitcoin, c’est plus simple de “rendre la monnaie” !).
La résilience :
Les pierres étaient visibles par tous et pouvaient être détruites, volées ou déplacées de force si on s’y mettait à plusieurs.
Bitcoin, immatériel et distribué sur des milliers de nœuds, ne peut être ni confisqué ni détruit : son réseau, d’une robustesse extrême, est considéré comme quasiment indestructible aujourd’hui.
👉🏻 Un actif qui résiste à la censure et aux chocs extérieurs.
La leçon de Yap
L’histoire des pierres de Yap nous rappelle une évidence : la monnaie n’est pas une simple convention sociale.
Elle doit toujours reposer sur une réalité tangible : un effort, une dépense, une transformation d’énergie.
Les habitants de Yap risquaient leur vie en mer pour ramener leurs pierres.
Aujourd’hui, les mineurs de Bitcoin dépensent de l’énergie pour sécuriser le réseau.
Dans les deux cas, la monnaie n’est pas créée ex nihilo : elle est le reflet d’un travail réel.
Et c’est bien là l’essence de l’économie : tout est énergie transformée.
La monnaie sert d’étalon pour éviter le troc, un outil de mesure qui ne devrait jamais trahir la valeur du temps et des efforts humains.
Si on manipule cet étalon, c’est la dignité des individus que l’on trahit.
C’est pourtant ce que font nos systèmes keynésiens modernes : jouer avec la monnaie comme si elle n’était qu’un instrument malléable, au prix d’une spoliation silencieuse qui ne peut mener qu’à la ruine.
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Parce que comprendre Bitcoin, ce n’est pas s’enthousiasmer pour une techno à la mode.
C’est comprendre la nature même de la monnaie, ce qu’elle représente, et pourquoi elle doit être respectée si nous voulons respecter l’énergie, le travail et la dignité des gens.
Parlons-en de vive voix
👉 Mon prochain live exclusif aura lieu le 30 septembre à 20h. Thème : créer et sécuriser son patrimoine dans un pays surendetté. Venez découvrir les actifs anti-crise qui permettent de préserver et développer vos finances malgré l’inflation et la pression fiscale ! SPOILER ALERT : on parlera de Bitcoin 😉 CLIQUEZ ICI POUR VOUS INSCRIRE.
👉 J’aurai le plaisir d’intervenir au Séminaire Entreprendre, Investir & Optimiser du 3 au 5 octobre 2025 à Gérardmer. Il reste quelques places ! Pour nous rejoindre : INFORMATIONS & INSCRIPTION.
👉 J’ai l’immense honneur d’être invitée à intervenir lors de la PARIS INVESTOR WEEK le 14 novembre 2025 au Palais Brongniart. Cet événement inédit place les investisseurs particuliers au cœur de la finance et ouvre un débat sur des sujets majeurs comme l’éducation financière pour tous, la souveraineté européenne et le dialogue entre particuliers, entreprises et institutions. CLIQUEZ ICI pour réserver votre place et bénéficier de places GRATUITES avec le code TANJA !
J’ai hâte de vous rencontrer !
En attendant, je vous dis à dimanche prochain les veilleurs ☕️ 🥐






Quand on me demande comment fonctionne le Bitcoin, je renvoie souvent aux explications de Jack Mallers. Mais ce parallèle avec les pierres de Yap est excellent : il parle à tout le monde et rend immédiatement concret ce qu’est vraiment la monnaie. Il montre aussi pourquoi nos monnaies fiduciaires, manipulées à volonté, finissent inévitablement par être fragilisées.
Il n'y a plus qu'à aller faire un tour dans le Pacifique pour voir ces cailloux !